08/09/2008

Introduction du catalogue ANDY WARHOL: a factory

  GERMANO CELANT ANDY WARHOL: a factory 

Pour ANDY WARHOL, chaque chose, chaque personne équivaut, dans une perspective sceptique et désenchantée, cynique et nihiliste, caractéristique d'une société de masse privée de but et de fondement, par ce que reposant sur l'instabilité et la fugacité du rapide défilé des images, chaque chose, chaque personne équivaut à l'autre : elle ne possèdent en effet aucune signification, hormis celle de l'image. Devant la surprenante réalité qui est arrivée à dépasser toutes les attentes de la pensée et de l'imagination, de la tragédie et de la ruine, l'artiste américain est le premier à se rendre compte de l'impuissance de tous les remèdes culturels et à anticiper la perte d'être de l'art, qui, dans le processus historique actuel, n'a plus de raison d'exister. Face à la société de masse qui s'est développée au début des années soixante, la fonction d'anticipation exercée par l'art et la culture est entrée en crise : commence alors la fin des avant-gardes modernistes, critiques et révolutionnaires qui avaient marqué l'histoires du monde contemporain. C'est avec cette crise que s'ouvre l'ère des visions éphémères - fondée sur la précarité, la rapidité des créations, le caractère provisoire des réactions, la légèreté de l'existence et la faiblesse des processus - qui exaltent et partage l'instabilité et la consommation des images et des mythes. Il n'est plus possible de retourner aux perspectives moralisantes et manichéennes d'un art engagée et utopique, idéologique et représentatif. On ne peut adopter qu'une perspective cynique, désabusée, étrangère aux valeurs positives et constructives, qui conclut à l'absence de solutions de remplacement...

Très rapidement adoptée par le monde de l'art, la terminologie Arte povera a été inventée par l'historien et critique Germano Celant à l'occasion d'une exposition organisée à Gênes en septembre 1967, pour désigner l'émergence, en Italie, d'un ensemble de nouvelles pratiques artistiques. « Ceci, écrit Celant en évoquant l'émergence de l'Arte povera, signifie disponibilité et anti-iconographie, introduction d'éléments incomposables et d'images perdues venues du quotidien et de la nature. La matière est agitée d'un séisme et les barrières s'écroulent. » L'Arte povera est une aventure intellectuelle et artistique d'une extrême radicalité, qui s'oppose aux propositions formalistes des grands courants américains de l'époque : pop'art, op'art... Refusant les maniérismes d'une société vouée à la consommation, l'Arte povera privilégie l'instinct, le naturel et l'éphémère. « Vaste champ de convergence » où se retrouvent aussi bien l'ensemble des textes critiques rédigés au cours des années que les œuvres, le groupe de l'Arte povera a évolué au fil du temps, mais il sera historiquement fixé par Celant à douze artistes : Alighiero e Boetti, Giovanni Anselmo, Paolo Calzolari, Luciano Fabro, Jannis Kounellis, Mario et Marisa Merz, Pino Pascali, Giulio Paolini, Giuseppe Penone, Michelangelo Pistoletto et Gilberto Zorio.

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